EuroVelo 5 Hauts-de-France : une colonne vertébrale bas carbone entre Roubaix et Calais
Sur la carte du cyclotourisme européen, l’EuroVelo 5 Hauts-de-France ressemble à une simple veine verte qui file de Calais vers Roubaix puis la Marne, avant de rejoindre Reims et la Champagne. En réalité, cet itinéraire EuroVelo de la Via Romea Francigena devient peu à peu la colonne vertébrale d’un tourisme bas carbone qui redessine la région, loin des clichés de grisaille et de terrils tristes. Entre le bassin minier, la côte du nord de Calais et les plaines qui annoncent Reims, la ligne de vélo tisse un réseau d’expériences lentes où chaque ville, chaque parc, chaque aire de repos compte.
Officiellement, EuroVelo 5 est « A long-distance cycling route from London to Brindisi. » et la portion EuroVelo 5 Hauts-de-France en représente un tronçon stratégique, avec environ 235 kilomètres balisés entre Calais et la frontière champenoise selon la fiche officielle EuroVelo 5 (mise à jour 2023). Ce ruban cyclable, aménagé à près de 70 % en site propre sur le tronçon régional d’après les estimations 2022 du comité régional du tourisme Hauts-de-France, place la région en tête des standards européens et change concrètement la manière de voyager en France à vélo. La croissance de l’économie du cyclotourisme en France, estimée à près de 5 milliards d’euros de retombées annuelles dans les études France Vélo Tourisme publiées autour de 2021, n’est pas une abstraction ici mais un moteur pour les cafés de village, les chambres d’hôtes, les petites gares et les loueurs de vélos.
Le départ maritime à Calais, ou plutôt aux abords du terminal ferry de la ville, donne le ton : on quitte le flux des poids lourds pour rejoindre en quelques minutes une voie verte protégée, déjà intégrée au grand itinéraire EuroVelo. Sur ce segment nord de Calais, les aires de repos sont simples mais efficaces, avec des points d’eau, quelques tables et parfois un abri, ce qui rend l’itinéraire accessible même à un cycliste débutant. La question n’est plus de savoir si l’on peut voyager en Hauts de France à vélo, mais comment tirer parti de cette colonne vertébrale pour un week-end test, une escapade de quatre jours jusqu’à Saint-Quentin ou un vrai voyage au long cours vers Reims et au-delà.
Les acteurs qui structurent ce maillage ne sont pas des silhouettes abstraites ; ils ont des bureaux, des réunions, des arbitrages parfois rugueux. EuroVelo coordonne le réseau continental, tandis que le Réseau Vélo et Marche agit comme coordinateur national pour la France et dialogue avec les collectivités des Hauts France. À l’échelle régionale, Hauts-de-France Mobilités, les associations comme l’ADAV et France Vélo Tourisme poussent pour que chaque nouveau tronçon d’itinéraire soit sécurisé, lisible, connecté aux gares et aux services de tourisme. Sans ce triangle institutionnel, l’EuroVelo 5 Hauts-de-France resterait un tracé sur une carte plutôt qu’une expérience concrète de mobilité douce, avec des haltes, des loueurs, des hébergements labellisés et des parkings vélo sécurisés.
Le contexte joue en leur faveur : la montée en puissance du vélo, l’essor du VAE et la recherche d’un tourisme plus sobre créent une demande très claire. Les méthodes sont connues, entre développement d’infrastructures cyclables, installation de signalétique et cartographie numérique, mais leur mise en œuvre reste inégale selon les territoires traversés. L’innovation tient surtout à l’intégration des outils numériques, avec des traces GPS fiables, des cartes en ligne et des guides qui permettent de préparer précisément son itinéraire EuroVelo, de Calais à Saint-Quentin ou de Roubaix à Reims, en tenant compte des dénivelés modérés, des points de recharge pour vélos à assistance électrique dans les hébergements et des distances journalières adaptées à chaque niveau.
De Roubaix à Arras : bassin minier, patrimoine culturel et voies vertes exemplaires
Le cœur le plus surprenant de l’EuroVelo 5 Hauts-de-France se joue entre Roubaix, Lille, Lens et Béthune, là où le bassin minier se réinvente en paysage cyclable. On parle souvent de patrimoine industriel, mais ici le patrimoine culturel se lit à hauteur de guidon, entre friches reconverties, terrils végétalisés et art déco municipal. L’itinéraire EuroVelo épouse la trame des anciennes voies ferrées, ce qui explique ce taux record d’aménagement en site propre, très au-dessus de la moyenne française, et apprécié des familles comme des cyclistes au long cours.
Au départ de Roubaix, la Via Romea Francigena à vélo suit les canaux vers Lille, puis file vers Loos-en-Gohelle et Lens en longeant les cicatrices du bassin minier. À Loos-en-Gohelle, laboratoire de transition, le vélo devient un outil de lecture du paysage, entre terrils jumeaux et cités-jardins classées au patrimoine mondial, où le patrimoine culturel minier se mêle à une nouvelle économie verte. Les voies vertes entre Lille et Béthune, souvent citées comme exemplaires, offrent un jalonnement clair, un revêtement confortable et une continuité qui donne confiance même aux cyclistes peu expérimentés, avec des aires de pique-nique et quelques points d’eau accessibles.
Arrivé à Lens, la ville change d’échelle et de tempo, sans perdre le fil du tourisme à vélo. Le Louvre-Lens, posé dans un parc minéral et végétal, dialogue avec l’histoire du bassin minier et attire un public qui découvre aussi Lens tourisme par la selle, entre gare, centre-ville et musée. Les rues à l’architecture art déco, héritage de la reconstruction, deviennent un décor discret pour les cyclistes qui traversent la ville de Lens en suivant les panneaux EuroVelo et les itinéraires locaux, avec la possibilité de laisser le vélo dans des arceaux sécurisés le temps d’une visite.
Autour de Béthune et Bruay-la-Buissière, l’itinéraire EuroVelo 5 Hauts-de-France s’enrichit d’une autre couche de patrimoine. Le territoire de Béthune Bruay revendique son art déco, sa piscine Art déco classée, ses beffrois et ses places pavées, que l’on relie en quelques coups de pédale depuis la voie verte principale. Le duo Bruay Buissière et Béthune incarne une nouvelle manière de faire du tourisme en France, où l’on vient autant pour la piscine Art déco que pour un estaminet contemporain ou une microbrasserie installée dans un ancien atelier, souvent accessibles à moins de 5 kilomètres de l’axe principal.
Plus au sud, le parc d’Olhain et le parc Olhain voisin deviennent des respirations forestières sur la Via Romea Francigena à vélo. On quitte un instant le fil de l’EuroVelo pour grimper vers ce parc, tester les pistes forestières, puis revenir sur l’itinéraire principal en direction d’Arras, ville de briques et de places baroques. Ce jeu d’allers-retours entre EuroVelo, parcs et villes moyennes fait la force du tronçon Hauts-de-France, qui permet de composer un voyage à la carte, entre patrimoine, nature et culture, avec des étapes de 40 à 60 kilomètres facilement accessibles en train régional équipé de crochets vélo, sous réserve de respecter les règles d’embarquement des TER (horaires creux, nombre limité de vélos par rame).
Entre Arras, Notre-Dame-de-Lorette et Saint-Quentin : mémoires, vallées et angles morts
Au sud d’Arras, l’EuroVelo 5 Hauts-de-France prend une dimension plus méditative, presque recueillie, en traversant les paysages marqués par la Grande Guerre. Le mémorial de Notre-Dame-de-Lorette, souvent nommé mémorial Dame Lorette, domine la plaine et s’inscrit comme un repère visuel fort pour les cyclistes qui suivent la Via Romea Francigena à vélo. Ici, le patrimoine ne se résume pas aux pierres ; il inclut l’histoire mémorielle, les nécropoles, les musées et les centres d’interprétation qui jalonnent l’itinéraire et structurent un véritable tourisme de mémoire.
Le centre d’histoire du Mémorial Notre-Dame-de-Lorette, parfois désigné comme centre histoire ou histoire mémorial, se rejoint facilement à vélo depuis l’itinéraire principal, avec un léger détour qui vaut chaque coup de pédale. On comprend alors pourquoi l’on parle de patrimoine culturel, tant la mémoire des conflits irrigue le paysage, les villages, les alignements de croix blanches. Dans ce secteur, l’EuroVelo 5, axe de la Via Romea Francigena, rappelle que l’on circule sur un ancien chemin de pèlerinage, réinterprété aujourd’hui comme route cyclable européenne, avec des hébergements qui accueillent à la fois randonneurs à pied et voyageurs à vélo.
Plus à l’est, la vallée de la Lys et les aires de repos associées, comme l’aire de la Lys ou aire Lys, offrent des haltes calmes pour reprendre souffle. On longe la rivière Lys, on traverse des villages où le tourisme reste discret, presque confidentiel, mais où l’accueil des cyclistes progresse, avec quelques hébergements labellisés et des cafés qui installent des arceaux vélo devant la vitrine. Ces aires deviennent des micro-places publiques, où se croisent familles locales, cyclistes de passage et randonneurs à pied, avec parfois une borne de recharge pour VAE ou une pompe en libre-service.
En approchant de Saint-Quentin, l’itinéraire EuroVelo 5 Hauts-de-France se heurte à ses propres limites, notamment sur certains raccords dans l’Aisne. Les sections en bord de route, la signalétique inégale et quelques coupures urbaines rappellent que le projet reste en chantier, malgré les progrès portés par les collectivités et les associations. C’est précisément là que se joue l’avenir du tourisme bas carbone régional : soit l’on sécurise ces maillons faibles, soit l’on renonce à faire de la Via Romea Francigena à vélo un véritable axe structurant, capable de relier sereinement Calais, Roubaix, Arras, Saint-Quentin puis Reims.
La ville de Saint-Quentin, avec son centre art déco et sa basilique gothique, mérite pourtant mieux qu’une arrivée chaotique pour les cyclistes. On y trouve un patrimoine art déco remarquable, des façades géométriques, des halls de banque et des cinémas qui prolongent le fil du bassin minier vers la Picardie. Si l’on veut que le tourisme en Hauts France par le vélo devienne une évidence, il faudra traiter ces entrées de ville avec autant de soin que les grands sites mémoriels comme Notre-Dame-de-Lorette, en améliorant les continuités cyclables, les panneaux directionnels, les points d’attache sécurisés près des gares et les informations pratiques sur les trains acceptant les vélos non démontés.
Un week-end test sur l’EuroVelo 5 Hauts-de-France : 150 km de lenteur assumée
Pour mesurer ce que peut vraiment l’EuroVelo 5 Hauts-de-France, rien ne vaut un week-end test de trois jours, environ 150 kilomètres, entre Roubaix et Arras ou entre Calais et Béthune. L’idée n’est pas de cocher des cases, mais de prendre le temps de traverser des villes, des parcs, des aires de repos, en observant ce qui fonctionne et ce qui manque encore. Un tel itinéraire permet de goûter à la fois au bassin minier, aux vallées fluviales et aux grands sites de mémoire comme Notre-Dame-de-Lorette, tout en testant son matériel, son rythme et la logistique de transport des vélos.
Un scénario concret : jour un, départ de Calais, arrivée à Saint-Omer ou Aire-sur-la-Lys, en suivant l’itinéraire EuroVelo balisé et en profitant des aires de la Lys pour les pauses. Jour deux, cap sur Béthune Bruay, avec une incursion vers Bruay Buissière pour voir la piscine Art déco et sentir comment le patrimoine culturel minier se transforme en ressource touristique. Jour trois, remontée vers Lens, visite du Louvre-Lens, flânerie dans la ville de Lens et retour en train, vélo accroché dans la rame, vers votre point de départ, en vérifiant au préalable les horaires TER, les conditions d’embarquement des vélos et la présence d’emplacements vélo dédiés dans les rames régionales.
Ce type de micro-aventure s’inscrit parfaitement dans une saison utile qui s’étire d’avril à octobre, avec un pic de confort au printemps et en début d’automne. Les conseils de base restent valables : vérifier la météo, réserver les hébergements à l’avance, emporter un kit de réparation, un antivol solide et les traces GPS de l’itinéraire EuroVelo. La montée en puissance des vélos à assistance électrique ouvre aussi la voie à des publics moins sportifs, qui peuvent envisager ces 150 kilomètres sans appréhension, en prévoyant des étapes de 50 kilomètres, des pauses régulières et des recharges dans les hébergements labellisés accueil vélo ou dans certains campings équipés de prises extérieures.
Pour prolonger l’expérience nature, on peut articuler ce week-end vélo avec un événement comme le Festival de l’Oiseau en Baie de Somme, présenté comme un rendez-vous nature incontournable sur un site régional dédié au tourisme responsable. Ce type de combinaison entre EuroVelo, observation ornithologique et hébergements engagés illustre la maturité croissante du tourisme bas carbone en Hauts-de-France. On ne vient plus seulement pour « faire du vélo », mais pour tisser un récit personnel entre patrimoine, paysages, rencontres et haltes gourmandes dans les estaminets ou les brasseries locales.
Les acteurs locaux, de Hauts-de-France Mobilités à France Vélo Tourisme en passant par les offices de tourisme de Lens tourisme ou de Béthune Bruay, ont désormais une responsabilité claire. Ils doivent consolider les maillons faibles, harmoniser la signalétique, multiplier les services vélo et assumer une ambition : faire de la Via Romea Francigena à vélo, axe de l’EuroVelo 5, un itinéraire aussi évident que les grandes lignes ferroviaires. Le potentiel est là, discret mais puissant, comme une colonne vertébrale que l’on commence seulement à sentir lorsqu’on pédale, face au vent, quelque part entre Calais, Roubaix, Arras, Saint-Quentin et les portes de Reims.
Chiffres clés sur l’EuroVelo 5 en Hauts-de-France
- La route EuroVelo 5 s’étend sur environ 3 200 kilomètres entre Londres et Brindisi, ce qui en fait l’un des grands axes cyclables nord-sud du continent européen (données réseau EuroVelo, fiche officielle de l’itinéraire consultée en 2023).
- Le tronçon EuroVelo 5 Hauts-de-France représente environ 235 kilomètres de parcours balisé entre Calais et la frontière champenoise, soit une portion significative de la Via Romea Francigena en France (données EuroVelo pour la région Hauts-de-France, ordre de grandeur 2023).
- Environ 70 % du tracé régional de l’EuroVelo 5 serait aujourd’hui aménagé en site propre ou sur voies vertes, ce qui place les Hauts-de-France parmi les régions les plus avancées d’Europe en matière de sécurité cyclable (estimations croisées d’acteurs régionaux et du comité régional du tourisme, bilans 2021-2022).
- L’économie du cyclotourisme en France est évaluée à près de 5 milliards d’euros de retombées annuelles, ce qui confirme le rôle stratégique des itinéraires comme l’EuroVelo 5 pour les territoires traversés (données France Vélo Tourisme, études sectorielles publiées autour de 2021).
- La période la plus favorable pour parcourir l’EuroVelo 5 en Hauts-de-France s’étend généralement d’avril à octobre, avec des conditions météo plus stables et une offre touristique pleinement ouverte sur l’ensemble du tracé (observations des offices de tourisme régionaux et retours d’usagers recueillis ces dernières années).
Sources de référence
- Site officiel EuroVelo et documentation sur l’itinéraire EuroVelo 5 (fiches techniques et cartes mises à jour en 2022-2023).
- France Vélo Tourisme, données économiques et cartographie des itinéraires cyclables (études sur l’économie du vélo publiées autour de 2021).
- Comité régional du tourisme et des congrès Hauts-de-France, ressources sur le cyclotourisme et la Via Francigena (bilans d’aménagement et documents de synthèse 2021-2023).